Version 0.1.6 · 2026-09-10

Registre des théories

235 cadres théoriques de la discipline infirmière, par degré d'abstraction et par phénomène.Critère unique : l'autrice ou l'auteur principal est infirmier·ère.

37
Philosophie / métathéorie
59
Modèle conceptuel / grande théorie
94
Théorie intermédiaire
45
Théorie situationnelle

Axe 1 — degré d'abstraction

  • PPhilosophie / métathéorie. Énonce des présupposés ontologiques et épistémologiques ; ne se teste pas, s'argumente.
  • MModèle conceptuel / grande théorie. Cadre global du métaparadigme (personne, environnement, santé, soin) ; guide sans prédire.
  • IThéorie intermédiaire. Un phénomène délimité, des concepts opérationnalisables, des propositions testables.
  • SThéorie situationnelle. Une population, un contexte, un moment ; portée volontairement restreinte, transférabilité assumée comme limitée.

Ce que la taxonomie fait et cache

Les quatre niveaux ordonnent un degré d'abstraction, rien d'autre. Ils ne disent ni la maturité empirique d'une théorie, ni sa valeur, ni son âge : une théorie situationnelle publiée cette année peut être mieux étayée qu'un modèle conceptuel des années 1970.

Ce découpage est aussi une simplification. Les manuels de référence décrivent une structure plus fournie — métaparadigme, paradigmes, modèles conceptuels ou grandes théories, théories de moyenne portée, théories de pratique, traditions de recherche, indicateurs empiriques — et insistent sur un point que le classement fait oublier : ces niveaux sont interdépendants, et c'est souvent l'engagement dans la pratique qui produit les idées d'où naissent les théories. Le mouvement ne descend pas du général au particulier.

La pyramide est donc un effet de présentation, non une propriété du savoir infirmier. Cleofas (2024) va plus loin et y voit une épistémologie coloniale : hiérarchiser les savoirs par degré d'abstraction reviendrait à reconduire l'ordre qui a placé certaines traditions au sommet et les autres au rang de matériau local. L'objection porte sur le principe même de ce registre ; elle figure dans le registre, à son niveau le plus abstrait.

Plusieurs entrées résistent d'ailleurs au classement. Watson oscille entre philosophie et modèle conceptuel. Benner relève de la phénoménologie plus que de la théorisation formelle. La Transitions Theory de Meleis est à la fois un cadre intermédiaire et une matrice génératrice de théories situationnelles. Le classement tranche ; le lecteur peut le contester, et devrait le faire.

Aucun répertoire n'est neutre. Celui-ci assume un critère d'inclusion étroit et une lecture critique explicite. Les entrées marquées ajout ne figurent pas dans le répertoire anglophone de référence.

Le total n'est pas un fait : les théories situationnelles se publient au rythme de plusieurs par an. Ce nombre est un état de la collecte, pas un inventaire de la discipline.

Méthode

Et limites

Sources. Répertoires Nursology.net ; recherches PubMed ; manuels de théories intermédiaires (Smith & Liehr, Peterson & Bredow) ; guides bibliographiques universitaires ; littérature primaire des traditions nordique, francophone, brésilienne et asiatique.

Ce qui vient des sources et ce qui n'en vient pas. Noms, autrices et années viennent des sources. Le classement par niveau, le regroupement par phénomène, les résumés et les lectures critiques sont une interprétation éditoriale, discutable et révisable. Ne les citez pas comme des données.

Dates. Année de première formulation publiée, non de la dernière édition.

Angles morts assumés. Le recensement reste majoritairement anglophone. Les productions japonaises, thaïlandaises, africaines et arabophones sont très probablement sous-représentées : absence de la collecte, non de la discipline. Signalez-les.

Yohan Mauve (2026). Registre des théories infirmières, version 0.1.6. https://doi.org/10.5281/zenodo.22549104 https://yomauve.re/theories/

Réflexivité

Six questions posées à ce registre

Cleofas et Abesamis (2026) proposent six lieux de réflexivité pour tout travail théorique. Ils les éprouvent sur leurs propres théories. Le registre étant lui-même un artefact théorique, il doit s'y soumettre avant de prétendre classer quoi que ce soit.

  1. Depuis

    D'où, et en tant que qui, ce classement est-il fait ?

    Depuis La Réunion, par un infirmier formé au modèle français des besoins fondamentaux, aujourd'hui doctorant dans une université nord-américaine. Cette double position rend visible l'écart entre la théorie enseignée en institut et la théorie produite à l'université, et rend probablement aveugle à d'autres choses — notamment à ce que les traditions asiatiques, africaines et lusophones font de leurs propres cadres.

  2. Sur

    De quoi ce registre affirme-t-il l'existence ?

    D'un objet appelé « théorie infirmière », distinct d'une méthode, d'un protocole ou d'une philosophie générale, et suffisamment stable pour être compté. Ce découpage est une décision, pas un constat : il exclut des savoirs qui orientent le soin sans avoir pris la forme d'une théorie publiée.

  3. Par

    Par quelles traditions et quels instruments ce registre est-il construit ?

    Par la taxonomie de Fawcett, par des bases de données majoritairement anglophones — PubMed, répertoires universitaires — et par une lecture critique de langue française. Chacun de ces instruments rend certaines entrées visibles et en laisse d'autres hors de portée : ce qui n'est pas indexé n'est pas trouvé.

  4. Pour

    Pour qui ce registre est-il fait ?

    Pour les infirmières et infirmiers francophones qui n'ont pas accès à la littérature théorique anglophone, et pour les étudiants qui héritent d'un cadre sans en connaître le nom. Accessoirement pour la recherche, qui dispose déjà d'autres instruments.

  5. Avec

    Avec qui est-il construit ?

    Pour l'instant, avec personne. C'est sa faiblesse principale, et elle est structurelle : un répertoire des savoirs marginalisés construit par une seule personne reproduit la concentration d'autorité qu'il prétend décentrer. La page Contribuer existe pour cette raison ; elle ne suffit pas.

  6. Vers

    Vers quels futurs ce registre oriente-t-il ?

    Vers une discipline où le pluralisme théorique serait une ressource ordinaire plutôt qu'une curiosité, et où théoriser depuis un territoire ultramarin n'aurait pas à se justifier. Il court le risque inverse : figer en inventaire ce qui devrait rester un débat.

Ces réponses sont datées et révisables. Elles ne valident pas le registre : elles indiquent où le contester.